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De Sang et de Sable - 01

De Sang et de Sable 01
FF8 + FF7 crossover, darkfic, angst, violence, aventure - Sephiroth/Squall, Linoa/Squall, Seifer/Squall

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DE SANG ET DE SABLE 01

Disclaimer : les personnages et le monde de FF8 et de FF7 appartiennent à Square Enix


C’était une musique à ses oreilles. Le choc du métal contre le métal, le claquement d’un muscle entrainé, la prise soudaine d’une inspiration rapidement transformée en grognement d’effort et de douleur… L’exaltation et l’adrénaline provoquée par le combat lui avaient manqués.

Il se demanda d’ailleurs comment il avait pu s’en passer. Tout ce temps perdu, piégé dans la Lifestream, pour qu’enfin une porte de sortie inespérée n’apparaisse et ne le sorte de sa prison. Il avait cru perdre contrôle, tout d’abord. La sensation de l’air sur sa peau, le bruit de son cœur et celui de son sang qui courait dans ses veines, l’odeur âcre qui lui montait au nez, la douleur – elle était même bienvenue, chère douleur, celle qui lui prouvait qu’il était revenu et avait récupéré un corps de chair et de sang. Ses cellules avaient hurlé, étiolées, déformées pour reprendre l’apparence qui lui était propre.

Il était bel et bien vivant, à présent, Masamune dans une main et une émeraude scintillante dans l’autre – de la materia ? Il ne comprenait pas ce qu’il se passait, mais son corps avait une mémoire, avait eu une vie avant d’être sienne. Il savait que l’homme qui se jetait sur lui, le visage déformé par la rage, était Squall Leonhart, et qu’il maîtrisait parfaitement la gunblade avec laquelle il le menaçait.

Il pare, il recule, il se défend. Il a encore besoin de temps pour se réajuster à cette nouvelle existence.

Et enfin, il rit.
C’est trop beau pour être vrai.
Dans une autre vie, il a été Linoa Heartilly, fiancée du leader du SeeD, Squall Leonhart, et probablement la Sorcière la plus puissante du monde.

Et maintenant…
Maintenant, il était revenu et –

**

« Je déteste ce genre de missions, » dit Squall.

Ils étaient perdus en pleine brousse, quelque part dans le nord de Centra. Le Ragnarok les avait déposé quelques heures plus tôt et était reparti aussi sec, vers Esthar pour récupérer Zell en mission là bas. Linoa lui lança un regard amusé. Squall avait bien changé ces derniers mois. Il exprimait à haute voix ses mécontentements, à présent, même s’ils tombaient uniquement dans son oreille. Irvine ouvrait la marche à quelques mètres devant eux, son fusil sur l’épaule. Elle glissa sa main dans celle de Squall et la serra doucement.

« Ca aurait pu être pire, » relativisa-t-elle.
« Oui… Par exemple, on aurait pu finir à Esthar à la place de Zell. »

Six mois avaient passés depuis la bataille contre Ultimecia. Cinq mois avaient passés depuis la signature d’un traité de paix mondial, sous la tutelle du SeeD, et autant de temps s’était écoulé depuis ce qu’elle appelait secrètement la « Grande Révélation ». Laguna Loire était un homme drôle et charmant. Dommage que son fils soit le seul à ne pas le penser.

Laguna était prêt à tout pour renouer avec Squall, ce qu’à peu près tout le monde sauf le principal intéressé trouvait touchant et aussi incroyablement amusant. Ses dernières tentatives s’étaient traduites par des dépôts de contrats d’embauche de plus en plus nombreux, à un point tel que la moitié des effectifs de la BGU se trouvait maintenant à Esthar, travaillant à chasser les monstres tombés de la Larme Sélénite. Squall finirait bien par devoir se rendre lui-même à Esthar, s’était dit Laguna. C’était sans compter la nature bornée de Squall.

« Désolé, Monsieur le Président, » avait dit Squall, quand Laguna avait appelé pour se plaindre qu’il n’y avait pas assez de Seeds pour assainir le territoire et que ‘si seulement le jeune commandant pouvait venir mener ses troupes, le boulot serait fait beaucoup plus vite !’

Squall avait concocté un mensonge sur le champ. « Nous avons déjà envoyé à Esthar toutes les équipes disponibles. Celles qui ne le sont pas sont en mission, et il se trouve que j’en mène une moi-même, de la plus haute importance. »

Si on pouvait vraiment libeller une mission de reconnaissance de « plus haute importance ». Enfin, se dit Linoa, au moins il avait accepté qu’elle l’accompagne lui et Irvine. Elle n’était pas une Seed comme ses amis, mais personne n’avait l’air d’objecter à sa présence à la BGU – sauf son père, évidemment, mais elle ne l’avait jamais écouté et ce n’était pas aujourd’hui qu’elle commencerait. En tout cas, pas tant qu’il n’approuverait pas de Squall. Il devait être peut-être le seul homme sur la planète à considérer Squall comme un bon à rien, alors que ! Il avait sauvé le monde, par Hyne, et toute l’humanité avec !

Elle continua à avancer à travers la forêt main dans la main avec lui, chassant son père de ses pensées. La randonnée aurait pu être agréable si le sol n’était pas aussi inégal et l’air lourd et humide. Une simple mission de reconnaissance. Des voyageurs avaient découvert par hasard des sources de magie dans les bois, jamais reportées sur aucune carte. Par mesure de prudence, les Garden avaient lancé quelques années auparavant un programme pour recenser ces sources. Des sorts tels qu’Ultima ou Aura ne devaient pas tomber entre toutes les mains… Les dirigeants de la BGU – Shu – avaient confié à leur équipe la mission d’aller repérer la zone et la nature exacte de la magie présente. Après tout ce qu’ils avaient vécu, c’était de tout repos, en somme.

Cela ne la dérangeait pas, au contraire. Parce qu’elle n’était pas entraînée, elle ne pouvait pas suivre ses amis lorsqu’ils remplissaient des contrats plus ‘musclés’. Elle n’était pourtant pas sans défense. Les pouvoirs de Sorcière en elle étaient toujours là, docilement assoupis quand elle ne les utilisait pas. Edea Kramer, qui lui avait cédé une partie de ses pouvoirs, avait été d’une aide immense dans la découverte et la compréhension de cette étrange magie. Elle était vieille et ancienne. Elle était différente de la magie résultant de l’association d’une Guardian-Force, beaucoup plus pure, plus concentrée. D’ailleurs, elle n’avait même plus besoin de G-Force, ni de stocker des sorts. Quelque chose en elle semblait juste la créer, en quantité illimitée.

Elle n’en avait pas parlé à Squall. Elle n’aimait pas discuter de ses nouveaux pouvoirs. Hyne, même son propre père n’était pas au courant – ou du moins, pas encore. Attendez que le réseau d’espions Galbadien ait vent de l’affaire, et vous pouvez parier que papa allait la ramener à la maison par tous les moyens possibles. Elle pouvait être une arme. Elle ne le réalisait que trop bien.

Elle serra à nouveau la main de Squall. Cette mission tombait à point nommé. Elle commençait à se lasser de rester confinée, aussi ravissant que la BGU puisse être. Si après avoir retrouvé les sources de magie, il restait un peu de temps, elle comptait cajoler Squall pour qu’il l’emmène à Timber. Ca faisait si longtemps qu’elle n’avait pas vu Zone et Watts.

Devant eux, Irvine s’arrêta soudain. Il poussa une grande exclamation et leur fit signe d’approcher.

« Je crois que j’ai trouvé les sources ! Hyne, y en a bien deux d’Ultima et un Météore rien que dans le mètre carré, et je ne vous parle pas des sources de soins ! On se croirait sur l’île de l’Enfer ! »

Squall n’avait pas l’air heureux d’apprendre la nouvelle. « Une telle concentration de magies aussi puissantes n’est pas normale. Nous allons devoir soigneusement patrouiller le coin et cartographier la zone. »

Linoa voyait son voyage vers Timber s’envoler en fumée… Tant pis. Tandis que Squall enregistrait les coordonnées des sources sur son GPS, elle s’aventura plus loin. La forêt où ils se trouvaient n’était pas très dense, mais luxuriante. De nombreuses plantes dont elle ne connaissait pas le nom poussaient au pied des arbres. Elle trouva encore deux sources de magie derrière un buisson, et, si elle avançait encore plus sur sa droite, une autre d’Aura lovée dans un tronc déraciné.

L’air semblait encore plus lourd dans cette partie de la forêt. Squall avait raison, ce n’était pas normal. Peut-être qu’elle était devenue plus sensible depuis l’acquisition de ses pouvoirs, mais elle sentait… Ils étaient dans un endroit ancien, et puissant – une anomalie, comme l’étaient les îles du Paradis et de l’Enfer.

« Lino-chérie, je viens de trouver une grotte où y a plein de magies ! » lui lança Irvine, qui venait d’apparaître dans son champ de vision. « Y a même de grandes chances pour qu’on y débusque une Guardian ! Squall, tu entends ? Je viens de trouver mon cadeau d’anniversaire pour Selphie ! »

Linoa étouffa un rire amusé. Squall était derrière elle et elle ne pouvait donc pas le voir, mais elle pouvait le visualiser en train de s’enfuir le visage dans une main.

« On n’est pas équipé pour explorer une grotte, ni pour défier une G-Force, » l’entendit-elle répondre d’un ton presque patient. « Donc, non. Et quand je dis non, c’est non. »
« Mais si on ne la prend pas, quelqu’un d’autre va nous la piquer sous le nez ! »
« Irvine. » Grande inspiration. « Nous sommes à des heures et des heures de marche de toute civilisation. Cette forêt est peut-être visitée une fois toutes les décennies. Et l’anniversaire de Selphie, c’est dans deux mois. »
« … you got a point, man. »

Linoa s’approcha du cow-boy aux épaules dramatiquement avachies et lui tapota le dos, avant de se retourner pour observer les alentours. Des arbres à perte de vue. Et sous leurs grands feuillages, des sources de magie à n’en plus finir.

« Il y a quelque chose d’étrange, » dit Squall.

Il fronçait des sourcils. Linoa trouvait que ça lui donnait un air charmant. Grognon et charmant. Elle était folle amoureuse de cet homme et elle l’assumait parfaitement.

« Ca fait des heures que nous marchons et nous n’avons pas été attaqué une seule fois par des monstres. »
« Parce que tu as activé le repousse-monstres non ? » demanda Irvine.
« C’est Zell qui a gardé Nosferatu… »

Maintenant que Squall en parlait, Linoa n’avait pas non plus entendu de bruit d’animaux ou d’oiseaux. Elle était habituée aux forêts de Timber, grouillant de vie et de monstres. Celle où ils se trouvaient étaient… ancienne, certes, mais semblait être aussi figée dans le temps…

Figée dans le temps.
C’était tout à fait cela.
Figée, immuable, stoppée dans sa course vers l’avenir, illustration de ce qu’avait voulu Ultimecia.

Linoa se sentait trop familière avec le concept. Inconsciemment, ses bras se resserrèrent autour d’elle, comme pour se réchauffer. Et avant qu’elle n’en ressente le besoin, Squall était déjà auprès d’elle. Une pointe d’inquiétude brillait dans ses yeux, et beaucoup de tendresse, aussi. Tout d’un coup elle n’eut plus froid et le monde lui sembla plus coloré.

Elle était vraiment amoureuse de cet homme. Elle ne savait pas si elle devait en être folle de joie ou en être effrayée.

« La nuit va bientôt tomber, » dit Squall. « Nous allons monter le campement et instaurer des tours de garde. »

**

le monde serait à lui.
Le monde avait toujours été voué à être sien.

Mère, dit-il.
Dans ce monde étrange, il ne parvenait pas à sentir sa présence, mais elle devait l’attendre quelque part.

Il para une attaque qui manqua de le trancher en deux et fit un pas de côté. Maintenant qu’il s’était approprié les souvenirs de la Sorcière, il savait quels étaient ses liens avec l’autre homme – fauve indomptable, et pourtant… la Sorcière lui avait passé un collier au cou, et le tenait au bout d’une laisse !

Laisse qu’il tenait à présent. Squall ne pouvait pas lui faire de mal. Sa colère le poussait à attaquer, mais IL était ELLE, et ELLE n’était plus…

Quel sentiment de nostalgie.
Il lui rappelait Cloud quand l’autre était encore jeune et malléable, et pas l’arme que la Lifestream et les Cétras avaient décidé d’en faire.
Il ne referait pas la même erreur. Certainement pas.

Il fit disparaître Masamune et ouvrit les bras.

« Viens à moi, Squall ! »

**

La douleur s’infusait dans tout son corps. Lui avait-on brisé les os de son corps un par un, puis jeté en haut d’une falaise ?

Il n’arrivait même pas à ouvrir les yeux. Il n’était même pas certain d’être encore en vie. Sauf que si ça c’était l’Enfer, alors ça méritait bien son nom. Quelle putain de douleur. Ca méritait presque de se racheter une conduite pour ne plus la subir.

Ses doigts étaient crispés si fort qu’on les aurait dit fondus dans ce qu’ils agrippaient. Il ne parvenait pas à se faire obéir et à leur faire lâcher prise. Il n’arrivait pas à commander à ses doigts. Hyne, était-il tombé si bas ?

On s’affairait autour de lui, même s’il n’était pas capable de dénombrer les silhouettes et de confirmer leurs identités. Quelque chose s’enfonça dans son bras. La piqûre semblait indolore, comparé à celle qui résonnait dans tout son corps.

Il avait toujours mal, mais il pensait plus clair. Encore vingt petites secondes et il serait peut-être capable d’ouvrir les yeux. Malheureusement, on ne les lui accorda même pas.

« Almasy ! Ce n’est pas le moment de faire la sieste ! »

La peste frigide était encore là. Squall n’avait même pas eu le bon goût de mettre hors d’état de nuire, l’ingrat. Seifer avait pourtant tenté de suivre ses ordres, pour une fois, quand Squall lui avait plus ou moins demandé de lui trancher la tête.

… Il n’arrivait pas à comprendre ce qu’il s’était passé.

« Almasy ! »

La voix de la harpie le tira de sa torpeur. La potion qu’on lui avait directement injectée dans les veines venait de faire effet. Il se sentait un demi-million de fois mieux. Il grogna et ouvrit les yeux, portant une main à ses tempes. Ses doigts étaient toujours crispés sur la garde d’Hyperion. Il était allongé sur le dos, et de sa position il pouvait voir le trou dans la paroi qu’avaient fait en s’en allant Squall et… L’Autre.

Il sauta sur ses jambes. Qu’est ce qu’il s’était passé ? Les évènements qui venaient de se produire redevenaient clairs et vivaces dans son esprit. Il se tourna vers Quistis, encore agenouillée là il se trouvait. Du sang coulait de son front. Elle était livide.

« J’ai tenté de les poursuivre, mais ils se sont tous simplement volatilisés ! Il faut qu’on parle à Irvine, » disait-elle. « Il pourra peut-être nous dire ce qu’il s’est passé à Centra, et ce qui est arrivé à Linoa ! Il pourra peut-être nous dire où est allé Squall ! »

Seifer ne se souvenait que trop bien des paroles de son rival. Linoa est morte… Et un autre avait pris sa place. C’était un délire ! Il n’y avait pas de logique, pas d’explications rationnelles. L’homme était apparu de nulle part, au milieu de la BGU, dans une zone hautement surveillée ! Bon sang, il y avait même une barrière magique pour empêcher Squally de faire des conneries et de se faire la belle ! Et regardez ce que ça avait donné ! Edea, quand elle avait encore ses pouvoirs, n’aurait jamais pu faire ça. Et Ultimecia, si elle avait pu, aurait buté tous les Seeds dans leur sommeil.

« Comment est-ce qu’il est arrivé ? » s’exclama-t-il à voix haute, agacé de ne pas trouver de réponses.
« Comment ? »

Il se tourna vers la blonde et se retint de l’attraper par les épaules pour la secouer. « Comment il a fait pour débarquer ? Ce n’est juste pas possible. Je ne sais pas comment il a fait, mais c’est humainement impossible ! Vous ! » gueula-t-il à deux jeunes Seeds qui se tenaient là à les regarder, l’air sonné. « Vous étiez de garde près de l’ascenseur ! Par où est-ce qu’il est arrivé ? »

« On ne l’a pas vu, » dit l’un des deux. « On a juste entendu une explosion, alors on est venu voir ce qu’il se passait. Il y avait déjà un trou dans le mur quand on est arrivé. Et aucune trace d’eux. »
« Nida ne va pas être content, » murmura faiblement Quistis.

Maintenant qu’on le lui faisait remarquer, le sol était bizarrement incliné. La BGU semblait dériver, tanguant à droite à gauche comme une bouteille malmenée par les vagues. Tiens, s’il regardait bien, il y avait même de l’eau qui commençait à envahir le couloir.

« Infirmerie, » décida Seifer.

Personne ne tenta de l’arrêter quand il prit la tête du groupe et marcha vers l’escalier. Il réprima un rictus. Maintenant que Squall n’était plus là, peut-être que c’était le bon moment pour un coup d’état…

**

Le sniper était emmailloté de bandages de la tête aux pieds, créant un look momie du plus bel effet. Selphie était à son chevet. Elle haussa à peine un sourcil quand Seifer entra dans la pièce, suivi de près par Quistis et les deux Seeds en charge de superviser le « Grand Traître ».

« Comment va-t-il ? » demanda Quistis à l’intention de la jeune fille.
« Très bien, » répondit le concerné, avant que Selphie ne puisse ouvrir la bouche. Cette dernière se leva et alla lui chercher un verre d’eau. « Qu’est ce qu’il se passe ? La BGU s’est arrêtée. »

Irvine avait hâte que ses plaies se referment suffisamment pour qu’il puisse se lancer des rasades de soins et se remettre sur pied. Ou au contraire, il n’avait pas hâte du tout. Il ne savait pas vraiment. Si se remettre sur pied équivalait à affronter à nouveau Squall, alors il préférait rester couché dans un lit d’hôpital. Ses chances de survie augmentaient ainsi drastiquement.

Il lança un regard noir à Seifer quand celui-ci s’installa à la place de Selphie et posa la lame d’Hyperion à travers ses jambes emplâtrées, comme si elles étaient là pour lui servir de repose arme. S’il avait pu les bouger, il se serait fait un plaisir de la foutre par terre. Il garda le silence néanmoins. Quistis était pâle et avait récupéré une compresse qu’elle appliquait contre son front, et Seifer n’était pas moins livide. L’atmosphère de la pièce était tendue. Selphie et lui se préparaient à recevoir de mauvaises nouvelles.

« Un type est arrivé et a kidnappé Squally-boy, » lâcha Seifer.

Pas besoin d’entrer dans les détails quand lui-même, présent sur les lieux, n’appréhendait pas vraiment ce qu’il s’était passé.

« Qu’est ce que vous avez fait pendant votre mission, Kinneas ? » s’enquérit-il. « On n’a pas réussi à faire cracher le morceau à Squall. Tu vas tout nous dire, et ça inclut la façon dont t’es fait expédier dans ce lit d’hosto, » ajouta-t-il, plus pour le faire grincer des dents que par réel intérêt.

Il avait déjà une assez bonne idée de l’origine de ses blessures, vu que Quistis lui avait montré son dossier médical. Un coup de gunblade, ça ne pardonnait pas, c’était un expert qui vous le disait.

« Pourquoi tu l’as emmené ici, ce clown ? » lança Irvine à Quistis, déterminé à ignorer l’autre blond.

La situation était déjà bien difficile comme ça. Ils n’avaient pas besoin d’un autre ennemi à superviser, par Hyne ! Almasy était un taré, et même s’il on arrivait à lui trouver des circonstances atténuantes, Irvine ne pouvait pas oublier qu’il était celui qui avait torturé Squall et qui avait envoyé des missiles sur le Garden de Trabia. Qu’est ce qui avait pris à Quistis de le faire revenir à un moment pareil ?

Quistis eut l’air de lire dans ses pensées.

« Il en sait plus que nous sur les Sorcières, Irvine, » expliqua-t-elle calmement. « Il peut aider Squall. Fujin et Raijin sont là aussi, et ils m’ont promis qu’ils le tiendraient à l’œil. »

Génial, c’était tout bonnement génial. Attendez qu’il annonce à Zell que le trio qui l’avait tourmenté pendant toutes ses études à la BGU était de retour et en pleine forme, qui plus est. Il n’y avait qu’une chose qu’il regrettait, c’était d’avoir loupé l’expression de Squall quand ce dernier avait appris le retour de son rival.

A réfléchir, il n’était pas certain que Squall y prête une quelconque attention aujourd’hui.
Il était peut-être trop occupé à jouer les chevaliers maléfiques.

Il éprouva immédiatement des remords. Bon sang, il n’était pas supposé penser ça, alors qu’un de ses amis venait de disparaître, et sa petite copine aussi ! Sa tête lui faisait mal… Inconsciemment, sa main valide se crispa contre sa poitrine, là où la gunblade de Squall l’avait frappé. Hyne, Squall était juste terrifiant. Il se sentait lâche de le penser, mais il ne souhaitait vraiment pas l’affronter à nouveau. Il voulait s’empêcher de trembler. Il était un sniper, par un combattant au corps à corps.

« Irvine, » dit Quistis. « Nous avons besoin que tu nous fasses ton rapport… »

Elle parlait doucement, et pour ça Irvine lui en était reconnaissant. Selphie était revenue près de lui et lui glissa un verre d’eau entre les doigts.

« Je suis inquiète pour Squall, » continua Quistis. Selphie la força à s’assoir. Elle était pâle et semblait prête à tourner de l’œil, mais il en faudrait certainement plus pour l’abattre. Ses yeux étaient glacés. « Et si tu peux nous en apprendre plus sur l’homme qui est venu le chercher, Irvine… »
« Mais je n’en sais rien ! »

Hyne, ne pouvaient-ils pas voir qu’il était aussi confus qu’ils pouvaient l’être ?

« Nous étions en mission de reconnaissance. Shu nous avait demandé d’enquêter sur des sources magiques que des voyageurs avaient trouvé par hasard dans une des forêts au nord de Centra. On a fini par trouver l’endroit, et il y avait beaucoup plus de sources que ce qu’on nous avait dit… Squall avait trouvé ça bizarre. En patrouillant aux alentours, j’ai trouvé une grotte s’enfonçant dans la falaise regorgeant de magie. Squall ne nous a pas laissé l’explorer plus en détail… »
« Deux secondes, » interrompit Seifer. « C’était quoi cette grotte ? »

Irvine haussa les épaules – ou du moins, tenta. « Une caverne un peu comme celle d’Ifrit. J’étais persuadé qu’une G-Force s’y planquait… J’aurai voulu la ramener pour Selphie, » murmura-t-il, lançant un regard en coin à la jeune fille. « Mais Squall trouvait que ce n’était pas une bonne idée de s’y aventurer. »
« Il y en a au moins qui a intégré le concept de prudence, » marmonna Quistis. « Est-ce si difficile de ne pas foncer partout tête baissée ? »
« Ouais, ben… On a fini par monter le campement, et Squall nous a assigné des tours de garde. C’est là où je ne suis plus très sûr, » murmura Irvine. « J’ai pris le premier tiers pour laisser aux deux tourtereaux un peu d’intimité dans la tente, et je me suis endormi direct après que Squall m’aie relevé. Quand je me suis réveillé un peu plus tard, les deux n’étaient plus là. »
« Qu’est ce qu’il s’est passé ensuite ? »

Seifer rongeait visiblement son frein. Il aurait sans doute préféré réquisitionner un vaisseau pour courir derrière Squall, Hyperion au poing, que de l’écouter faire son debriefing. Irvine n’y pouvait rien.

« Je les ai cherché. J’avais un mauvais pressentiment. Squall n’aurait jamais déserté le camp sans me prévenir au préalable. Quelque chose avait dû arriver, et il avait dû penser pouvoir le régler lui-même. Pendant un moment, je me suis demandé s’il ne s’était pas disputé avec Linoa pendant la nuit et qu’ils étaient quelque part en train de se réconcilier… »
« Linoa adore les réconciliations, » marmonna Seifer, sardonique. « Et les retrouvailles aussi. »

Quistis lui mis un coup de coude. Irvine espérait que ça lui avait fait mal.

« C’est là que j’ai entendu un cri. C’était la voix de Squall. Il n’avait pas l’air content, et ça venait de la grotte, celle qu’il m’avait interdit d’y mettre les pieds. J’ai donc attrapé vite fait ma Bertha et je m’y suis précipité. Et là… »
« …là, tu as pu goûter de la gunblade. »
« Et si tu me laissais finir !? » s’exclama Irvine. Hyne, il comprenait pourquoi ni Squall ni Zell ne pouvaient supporter ce type !

Seifer rigola. Cow-Boy avait les nerfs fragiles depuis sa confrontation avec Leonhart. Il ne pouvait pas exactement le lui reprocher. Squall avait ce talent. Il observait Irvine depuis qu’il était arrivé ; il savait qu’il connaissait le sniper, et même qu’ils avaient grandi ensemble. Mais ce n’était que des souvenirs confus. Il avait entendu dire que les G-Forces puisaient dans les souvenirs de leur hôte pour se nourrir, mais ça ne l’avait pas plus troublé que ça. Sa G-Force pouvait bien tout prendre, il ne s’en porterait que mieux s’il oubliait toute sa vie de merde.

Malgré tout, dans ses souvenirs flous, Irvine était censé être quelqu’un d’amical, un brin obséquieux peut-être, au caractère égal et indolent. Il n’aimait pas prendre d’initiatives. Il aimait un peu trop les filles, appréciait d’être mené par le bout du nez.

Ceci dit, tout de suite, là, Seifer ne le trouvait ni amical, ni indolent. Petit Irvy avait changé… Comme eux tous, d’ailleurs. Et Squall, encore plus. Il écouta Irvine finir son rapport d’une oreille, ses pensées irrésistiblement tournés vers l’homme qui était aujourd’hui devenu le leader du SeeD.

« Il n’y avait que Squall dans la grotte. Pas une trace de Linoa. Squall délirait. J’ai essayé de le faire parler pour qu’il me dise ce qu’il s’était passé, mais il s’est précipité dans un des tunnels qui s’enfonçaient dans la falaise. Le temps que je le retrouve… »

Est-ce que Squall allait disparaître ?
Est-ce qu’il était condamné ?

« … il était recroquevillé dans une des cavernes intérieures. J’ai cru qu’il était blessé. Et puis j’ai vu cet homme… Il avait cette espèce de long sabre dans la main, et j’ai pensé que c’était lui qui avait blessé Squall. Je l’ai mis en joue. »

Il allait encore faire son émo si Linoa était réellement morte. Seifer avait toujours eu envie de lui mettre des baffes à chaque fois qu’il le voyait déprimer dans son coin.

« Et Squall m’a attaqué. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé ensuite… »

Il avait le quotient émotionnel d’une huitre. Dès que quelque chose le perturbait, il se retranchait dans sa coquille et refusait tout contact, surtout lorsqu’il y avait des chances pour que ça lui plaise. Seifer avait été un des heureux élus à qui Mr Glaçon accordait un tant soit peu son attention. Mais c’était surtout parce qu’il lui faisait sale coup sur sale coup et que Squall avait fini par en avoir marre et s’était ramené un jour pour se défouler sur lui, gunblade au poing.

« Quand j’ai repris conscience, je ne saignais plus. Et surtout, je me suis rendu compte qu’on volait. Sans vaisseau. »

Linoa avait fait marcher sa petite magie. Il fallait au moins une Sorcière pour déglacer la carapace du Squally-boy. Elle avait réussi là où tout le monde avait échoué, même Quistis qui pourtant semblait se pâmer à chaque fois que Squall entrait dans son champ de vision.

« C’était dingue. Il avait une putain de paire d’ailes dans le dos. Un peu comme celles que Linoa a des fois quand elle fait la Sorcière, mais… C’était vraiment dingue. »

Et maintenant, juste après quelques mois de tranquillité relative, tout retombait en morceaux. Squall, chef du SeeD ? Ce n’était qu’une illusion. Il avait envie d’en rire. Tout ce que garçon tenait entre ses mains, il était voué à le perdre tôt ou tard. Seifer ne savait pas s’il devait se réjouir ou se sentir désolé pour son rival. Il avait une relation tellement compliquée avec Squall…

« Et c’est là qu’il m’a dit… Que Linoa nous avait sauvés, tous les deux. Mais qu’elle ne pouvait pas revenir avec nous. »

Squall, où es-tu ?
Squall, est-ce que tu es assez fort pour affronter l’ennemi quel qu’il soit, même si c’était Linoa ?

« Qu’elle s’était faite possédée à nouveau, mais que cette fois, il était déjà trop tard pour la sauver. »

Il aurait pu imaginer la scène. Les pièces du puzzle se mettaient en place, même si le résultat n’avait aucun sens. L’homme qu’il avait vu tout à l’heure dans le sous-sol… Apparu de nulle part, comme s’il avait le pouvoir de se constituer un corps fait de molécules d’air. Impossible, évidemment. Comme il était impossible que Linoa soit lui, douce et tendre Linoa, incapable de faire du mal à une mouche – sauf si on était son père ou si on la provoquait méchamment.

Il ferma les yeux. Si cette personne n’était plus Linoa, mais en même l’avait été, quels étaient ses liens avec Squall ?
Et… est-ce qu’ils pouvaient être certains que Linoa n’était plus ?

**

Dans un autre temps, dans un autre monde…

Il faut que tu viennes nous voir, s’il te plaît, Cloud…

Il se réveilla en sursaut. Sa main agrippa automatiquement la garde de sa large épée, qu’il gardait toujours à portée. Tifa appelait ça paranoïaque. Il appelait ça être prudent. Il faisait nuit noire. Le bar avait fermé il y avait quelques heures et la ville était calme, presque silencieuse.

Il se leva et ne put s’empêcher de s’enfouir le visage entre ses deux mains. Pourquoi avait-il rêvé d’elle ?

Pourquoi est-ce qu’à chaque fois, son cœur se serrait de joie quand il la voyait, pour ensuite se noyer de chagrin quand la réalité le frappait ?

Il avait Tifa maintenant. Il avait Denzel. Et Marlène. Ils formaient une famille dysfonctionnelle, étrange et parfois maladroite, mais une famille quand même. Tifa l’acceptait comme il était, avec ses plaies ouvertes, ses blessures cicatrisées. Il lui devait tant.

Il fit courir une main dans ses cheveux indomptables et resta assis sur son lit. Qu’est ce qu’Aerith – non, la Lifestream, lui voulait, cette fois ?

Est-ce qu’il ne ferait pas mieux de l’ignorer et de retourner se coucher ?
… le fait même d’avoir formulé cette pensée parcourut son corps d’un frisson étrange. Il était juste absolument incapable d’ignorer un appel de la planète.

Demain, décida-t-il. La voix d’Aerith avait sonnée inquiète, mais pas particulièrement urgente. Demain, il se rendrait dans l’église et verrait s’il pouvait en apprendre plus sur ce que la planète lui voulait.

Il se laissa tomber sur son lit et ferma les yeux.

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