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De Sang et de Sable - 02

De Sang et de Sable 02
FF8 + FF7 crossover, darkfic, angst, violence, non-con, aventure - Sephiroth/Squall, Linoa/Squall, Seifer/Squall

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DE SANG ET DE SABLE 02

La fille avait désiré ce corps et les cellules du sien s’en souvenaient. Il n’était pas homme à céder à ses pulsions, mais pas stupide non plus pour ne pas prendre ce qui était à sa portée.

Le lien entre un Sorcier et son chevalier était…
Différent.

C’était ce qu’il pensa quand il força son chemin entre les cuisses de Squall et pressa son corps palpitant contre le sien. Squall s’arqua et, pendant un bref moment, il crut qu’il allait réussir à briser son emprise. Mais le garçon rendit finalement les armes, et Sephiroth le regarda frémir et se plier sans résistance à ses coups de reins.

C’était étrange, vraiment.

Il y avait cette notion de désir, pour commencer. De relation charnelle. Depuis combien de temps n’avait-il pas ressenti ça ? Il avait renié sa part humaine depuis si longtemps. Cloud, il l’avait désiré aussi, mais pas de la même façon. Cloud était une expérience ratée, une œuvre d’art brisée. Sephiroth l’avait voulu et avait souhaité le posséder pour le reconstruire à son image, et pour soulager un fantôme de nostalgie, aussi. Il arrivait à se souvenir de Zack, même si l’évocation de ce nom ne lui faisait plus rien éprouver.

Qu’est ce qui avait changé ?

Il termina rapidement. Squall avait enfin cessé de se débattre quand ses barrières mentales étaient tombées. Il avait aussi pu imposer sa volonté à Cloud, ou du moins pendant un temps, ainsi qu’à tous ses « lui » ratés qu’Hojo avait tenté de fabriquer. Ses mains, plus habituées à agripper la garde Masamune qu’autre chose, glissaient sur le corps nu sous lui pour toucher la peau d’un dos, du creux d’un rein, – et ces ailes, au bout de ses doigts, il ne savait pas s’il les aimait ou les détestait, blanches et pures ailes que la fille lui avait données et qui lui avait permis de s’échapper la première fois.

Il entreprit de les arracher.

C’était plus familier, déjà, le goût du sang sur ses lèvres, l’écarlate maculant ses mains, ses bras, son cœur. Il dévora ce corps arqué contre le sien, tremblant, brisé, Squall, oh –

Il pouvait sentir sa souffrance, et ses cris lui déchiraient l’âme.
Il ne comprenait pas.
La fille hurlait dans les tréfonds de son être, et pour la taire, vicieusement, il se promit de faire hurler son chevalier encore plus.

Tout était si différent.

Squall était magnifique baigné de rouge. La seule forme d’art que Sephiroth reconnaissait et condescendait à admirer. Son aile noire, unique, se déploya dans toute sa longueur, puis vint délicatement s’enrouler autour de l’homme qu’il avait récolté dans ses bras. Dans son dos, la plaie commençait déjà à se refermer, et Sephiroth savait que les ailes maudites repousseraient.

Il tint son fardeau contre lui et embrassa son front pâle, là où une cicatrice avait laissé sa trace. L’air était lourd autour d’eux, et l’odeur métallique du sang lui donnait une sensation d’ivresse. Il força les muscles de son corps à se détendre.

« Nous allons devoir trouver un compromis, » dit-il au silence de la grotte.

Je te hais ! hurla la fille, de loin, loin, loin.

Il ne retint pas un rire narquois.

**

« Nous nous rendons à Esthar, » déclara Quistis.

Elle avait visiblement pris une douche et s’était rhabillée de frais. Ses cheveux tombaient en cascade mouillée dans son dos. Elle n’avait même pas pris le temps de les attacher comme elle le faisait habituellement.

Bien sûr.
Après tout, Squall était en danger.

Les deux jeunes Seeds qui le suivaient à la trace depuis plusieurs heures lui lançaient des regards noirs. Pauvres petits. Il s’était juste promené dans la serre de combat et il n’y pouvait rien, lui, si le T-Rex avait trouvé leurs petits culs juvéniles à son goût – qu’il les ait regardé combattre le monstre sans lever le petit doigt y était peut-être pour quelque chose, aussi. Ca lui était égal.

Il se laissa tomber sur un siège dans la salle de conférence que Quistis avait réservé pour l’occasion. On aurait dit un conseil de guerre, tout le monde était là. Ils n’avaient que ce mot à la bouche : plan d’action, yada, yada, tout ça histoire de leur farcir la cervelle plus qu’elle ne l’était déjà.

Seifer n’avait pas envie d’aller à Esthar. En fait, il n’avait même pas envie de se trouver dans cette pièce. Il se sentait très bien dans sa cabane au fond des bois avant qu’on ne vienne le chercher, merci bien, et la compagnie des ours et des moustiques était presque plus tentante que celle de Zell. Celui-ci venait de rentrer d’Esthar, juste pour apprendre qu’il y retournait. Oh, et en fait, ton meilleur pote n’a plus trop toute sa tête, que je te mette au courant.

« Laguna Loire nous attend et a prévenu le Dr Geyser de notre arrivée. Il est peut-être le seul à pouvoir répondre à nos questions. »

Regard torve vers Seifer qui n’avait pourtant rien demandé. « Il a été en contact proche avec des Sorcières et doit être la personne qui est le plus au fait de leurs pouvoirs. »

Et lui ? Passons, il savait que dalle sur la question, à part le minimum syndical.
Et Edea ? Qui c’était, la nourrice qui s’occupait de vous changer vos couches quand vous étiez mômes ?
C’était certes le cas.
Mais c’était une ex-Sorcière aussi. Bande de cons.

Plutôt que d’aller poser des questions qui n’apporteraient pas de sitôt leur lot de réponses, il était plutôt d’avis de se rendre à Centra dans cette fameuse grotte, pour voir si papa-maman étaient revenus à la maison. Quistis et co pouvaient bien se rendre à Esthar et enquêter. Lui, en attendant…

« Faisons deux groupes. Vous partez à Esthar. Je vais à Centra. »

Il s’attendait à se heurter à un mur de protestations, mais il n’en fut rien. Quistis prit une profonde inspiration et posa ses deux mains bien à plat sur la table.

« Très bien. Zell et Seifer, vous vous rendrez à Centra. Mais je veux que vous fassiez preuve de prudence. Nous avons déjà Irvine à l’infirmerie. Je ne voudrais pas me retrouver avec deux blonds vidés de leur sang quand le Ragnarok viendra vous récupérer. »

Dincht ne tiqua même pas à l’annonce de l’équipe qu’ils allaient former ensemble. Seifer fronça des sourcils. Il n’était pas stupide. Dincht avait dû réussir à convaincre Quistis et Shu de le laisser partir à Centra. De leur point de vue, Seifer devait être l’équivalent d’un sac de leste dans les bagages du hérisson : le type à larguer si les choses tournaient mal pour que blondinet puisse garder ses fesses en bon état.

L’image n’était pas flatteuse.
S’il n’était pas fauché et que Quistis ne lui avait pas promis un salaire de SeeD rang A, il se serait taillé en leur montrant un doigt. Que Leonhart aille se trouver un autre prince charmant…

Quistis continuait de distribuer les consignes.

« Le Ragnarok nous accompagnera moi et Selphie à Esthar voir le docteur Geyser. Il saura peut-être nous dire de quoi il en retourne. Ensuite, le vaisseau déposera Zell et Seifer à Centra, le plus proche possible de la grotte. Irvine nous a envoyé les coordonnées. Shu, nous te confions la BGU. Nida, supervise les réparations. Une fois fait, rejoignez nous à Esthar. »

Elle se tourna vers Zell et tenta sans grand succès d’esquisser un sourire. « Si vous retrouvez Squall et que vous avez besoin qu’on vienne vous chercher, faites brûler une balise de secours. Je laisserai le Ragnarok en stand-by pour qu’il puisse venir vous chercher immédiatement. »

Elle ouvrit la bouche comme pour dire autre chose, mais Shu, le visage inexpressif posa une main sur son épaule. Shu lui avait toujours paru être faite de pierre, et il se demandait si la femme était capable d’afficher la moindre émotion. Elle ressemblait un peu à Squall quelque part, sauf que Squall jouait en catégorie glaçon.

« Voici donc votre mission, Seeds. » Seifer fut tenté de la couper pour lui rappeler qu’il n’en était pas un, mais il se tut. Il avait hâte que la réunion se termine. « Enquêtez sur la disparition de Linoa. Trouvez l’identité et les origines de l’homme qui a brisé cette brèche dans la sécurité de la BGU. Et surtout, retrouvez Squall. »

Toutes les personnes présentes dans la pièce exécutèrent le salut du SeeD dans un parfait synchronisme. Sauf lui.
Hyne, il n’aurait jamais dû revenir.

**

Squall se souvenait. Ce n’était pas une chose d’agréable. Il aurait préféré mourir et léguer sa mémoire à Shiva, qu’il gardait associée le plus souvent possible en dépit des avertissements des autres, mais c’aurait été trop facile.

Il ouvrit les yeux et fixa le plafond rocailleux pendant ce qui lui sembla être une éternité. Il se sentait maculé. Son dos était une plaie lancinante, qui allait probablement s’infecter s’il continuait à la traîner dans la poussière. La douleur physique avait au moins un avantage. Elle accaparait toute son attention et le divertissait des idées qu’il aurait pu avoir depuis qu’il avait repris conscience.

L’Autre était parti. Maintenant que Squall n’était plus en sa présence, le brouillard qui s’était installé dans son esprit s’était dissipé. Pas complètement, mais en tout cas suffisamment pour qu’il puisse faire un point sur la situation.
Pour essayer de comprendre.

La haine viscérale qu’il éprouvait pour l’Autre ne parvenait même pas à faire barrage à ses excursions dans sa tête. Il était une marionnette. Rien de plus. Quand l’Autre lui avait intimé l’ordre de se tenir tranquille et de… – Hyne, était-il possible de succomber de honte et d’humiliation ? Son traître de corps avait obéi. Il l’avait laissé se soulager en lui, le souiller, et, avant qu’il ne perde conscience, il l’avait laissé lui faire du mal, le mutiler, lui prendre le dernier cadeau que lui avait laissé Linoa.

Linoa…

Pourquoi elle ? Pourquoi l’Autre s’en était pris à elle ?

Squall savait qu’il avait un lien particulier avec la jeune fille. Sorcière à Chevalier, Chevalier à Sorcière… Avant aujourd’hui, il n’avait pas eu conscience d’à quel point Linoa aurait pu le soumettre à tous ses caprices, aurait pu lui faire faire n’importe quoi. Visiblement, il était incapable de faire preuve de volonté. Mais Linoa était…

« Je t’aime, Squall. »

A chaque fois qu’elle souriait, Squall avait l’impression que son cœur loupait un battement. Il se sentait la tête légère. Il avait l’impression de flotter.

… un ange, et jamais elle ne lui aurait fait ce que l’Autre lui avait fait. Elle ne se serait pas forcée sur lui s’il n’avait pas désiré être avec elle et…

« Regarde-moi dans les yeux, Squall… Je te lance un sort… Tu vas… tomber amoureux… de moi… ! »

Elle avait rit et il avait levé les yeux au ciel, déconcerté par sa naïveté. Si seulement les choses étaient aussi faciles qu’elle semblait le croire…

Il était devenu le Chevalier de Linoa parce qu’il l’aimait. Elle le rendait humain. Il avait réussi à s’imaginer vivre toute son existence avec elle, voir grandir leurs enfants, vieillir ensemble, mourir paisiblement. Avant elle, il n’avait jamais envisagé de mourir de vieillesse. Il voyait plutôt une mort violente sur un champ de bataille, franchement bien avant de voir les premiers cheveux gris pousser sur sa tête.

Mais depuis elle, les choses avaient changé.
Il ne voulait plus mourir.

Il voulait la récupérer.

Il se cacha le visage dans la paume de sa main. Le mouvement envoya une gerbe de douleur dans tout son dos et faillit lui faire perdre à nouveau conscience. Incapable de rester dans cette position plus longtemps, il se releva tant bien que mal et se rattrapa à la paroi quand il perdit son équilibre. Un regard lui confirma que la grotte était vide. Une brèche dans le plafond laissait passer un peu de lumière. Une odeur écœurante de sang flottait dans l’air humide. Il ignora les deux ailes estropiées jetées dans un coin de la caverne et se concentra pour rester sur ses deux jambes.

Il fallait qu’il se reprenne. L’Autre avait pris le lien qui l’unissait à Linoa et l’avait corrompu, détérioré, altéré, à un tel point qu’il en était devenu méconnaissable. Le lien d’amour et d’affection était devenu de servitude et d’humiliation.

C’était ce qu’avait vécu Seifer ? C’était la vraie nature du lien entre Chevalier et Sorcière ?

Il fut aussitôt dévoré de remords. Linoa était une Sorcière et Linoa n’était pas ainsi. Ils ne vivaient pas dans un monde duochrome, où coexistaient le blanc et le noir. Linoa était la personne à qui il avait donné son âme, mais il était conscient des parts d’ombre présentes dans son cœur. C’était une enfant gâtée, pour commencer.

Il divaguait.

Son corps s’habituait à la douleur. Il aurait voulu se lancer des H2O pour rincer la pellicule répugnante qu’il avait l’impression d’avoir collée sur toute la surface de sa peau, mais la raison l’emporta. Il en aurait peut-être besoin de ses sorts plus tard. Il fit jouer ses bras et ses jambes ; rien n’avait l’air cassé, sauf peut-être son égo.

Il ne retrouva que son pantalon. Son t-shirt était déchiqueté là où les ailes avaient poussées, et là où on le lui avait arraché. Mais sa gunblade était là. Elle avait été jetée sur le sol sablonneux sans cérémonie et sa lame était maculée de sang séché. Il grimaça. Irvine…

L’air se troubla soudain autour de lui. Il avait sa gunblade en main…
Parfait.

Le premier coup qu’il asséna ne fit que brasser de l’air. L’Autre eut un petit rire tout à fait irritant et qui eut pour effet de le mettre tellement en rage qu’il ignora le spasme de souffrance qui lui déchira les omoplates. Son deuxième coup rencontra le fil d’un long, long sabre qui venait de se matérialiser dans la main de son adversaire. Comment cela pouvait être possible, Squall ne le savait pas, mais c’était le cadet de ses soucis.

Se défouler à coups de Renzokuken avait le mérite d’être thérapeutique. Qu’il soit juste incapable d’esquisser le moindre coup mortel ou de viser un point vital l’agaçait prodigieusement, mais s’il pouvait au moins lui faire mal…

Il n’en eut pas le temps. Son corps sembla tout d’un coup fait de plomb, et il s’écroula dans un bruit sourd, à nouveau, dans une répétition sardonique de leurs combats passés. Si un regard pouvait tuer, l’Autre se serait déjà écroulé raide mort.

Un talon s’enfonça dans son estomac.

« Je ne m’attendais pas à un tel accueil, Squall… »

Un autre que lui se serait déchaîné et aurait déversé une pluie d’injures. Il rongea son frein. Ses yeux détaillèrent l’inconnu devant lui. Il ne ressemblait en rien à Linoa. Ses longs cheveux gris étaient une parodie de la douce chevelure de sa fiancée. Il ne pourrait jamais associer Linoa à ce visage cruel, ces yeux calculateurs, ce physique de combattant… Linoa irradiait de chaleur humaine. L’Autre inspirait la crainte. Ils étaient comme le jour et la nuit, deux antithèses occupant le même corps.

Sa résolution était glacée. Il ne connaîtrait pas un instant de paix tant qu’il ne lui aurait pas repris jusqu’à la moindre parcelle de son existence volée. Il lui enfoncerait sa gunblade dans le ventre. Il lui arracherait son aile.

Ses sens hurlaient à la traitrise. Tuer l’Autre, c’était comme porter la main sur Linoa ; inenvisageable, sacrilège. Il sentit sa raison vaciller.

Ignore.
Et pense.

Il sentit ses doigts se décrisper de la garde de son arme.

Ignore.

L’Autre avait des yeux inhumains. Ils étincelaient étrangement dans la mi-pénombre de la grotte, comme si on y avait injecté du métal fondu dans ces pupilles vertes.

« Je suis véritablement surpris par ce monde, » dit l’Autre. « La Lifestream existe, mais à un niveau de non conscience. Je ne peux pas l’atteindre. »

Et trouve son point faible, mon lion.

« Qui es-tu ? » demanda Squall.
« Qui je suis ? »

Sephiroth trouvait la question amusante. Sa nature même était difficile à expliquer, dans un monde où Mère n’existait pas, où la Lifestream n’avait pas de conscience, et où aucun réacteur Mako n’était exploité pour faire agonir la planète.

La mémoire de la fille lui avait déjà appris tout ce qu’il voulait savoir. Une chose l’intéressait : les G-Forces. Il n’y avait pas de materia dans cet univers, sauf celle qu'il avait apporté, mais ils avaient ici une alternative aux materias rouges d’invocation. Le système était fascinant. Il s’était approprié les deux que la fille possédait et gardait « associées ». Une était l’équivalent de Léviathan, bien que différent de la créature qu’il connaissait. L’autre… Il y avait un blocage. Il n’arrivait pas à l’atteindre mais pouvait sentir sa présence dans un coin de son esprit. Peut-être qu’elle lui en voulait de ne plus être sa maîtresse.

Son pied – sa volonté – continuait à maintenir Squall plaqué au sol. Magnanime, il décida de satisfaire sa curiosité. Qu’il le veuille ou non, Squall allait être un allié.

« Dans un autre monde, on m’appelait Sephiroth. J’étais… l’Elu. »

Cette planète pouvait être colonisée, mais il avait besoin de récupérer Mère. Il devait retourner sur sa planète « natale » et, cette fois-ci, en prendre le contrôle et le transformer en vaisseau qui lui permettrait d’écumer l’univers. Il voulait réaliser le souhait de Mère. Il avait été créé pour ça.

« Ridicule, » commenta Squall d’une voix morne.

Il écrasa son talon un peu plus dans le ventre du vilain garçon. La situation était une grande plaisanterie. Sephiroth avait une théorie sur sa renaissance, basée sur ce qu’il avait appris en fouillant la mémoire de la fille et sur les connaissances que lui avait légué Mère, mais ce n’était pas suffisant.

Il avait besoin de savoir comment retourner sur son monde d’origine.

Il relâcha brusquement Squall et recula. Tout d’un coup, rien d’autre n’avait plus d’importance que de retourner chez lui. Sur la planète maudite. La nettoyer de sa vermine, la purifier, et la punir. Mère l’attendait sûrement, et elle pleurait, parce que son fils était si loin.

Squall l’attaqua, et son sang fit une accélération soudaine dans ses veines. C’était délicieux. Une vraie drogue, l’adrénaline du combat, et il para, coup après coup, avant d’exécuter en souplesse une de ses bottes préférées.

Face à lui, l’adversaire était doué et tenace. Une âme fougueuse dans un corps délié qui maniait son arme à un niveau proche de l’art. Il était presque aussi bon que Cloud. Squall contra, avec une déconcertante facilité – et pendant un bref instant, Sephiroth s’imagina déverser toute sa haine, toute sa fureur, toute sa rancœur d’être ce qu’il était, d’avoir pu perdre puis d’avoir été emprisonné dans le poison qu’était la Lifestream. A la place, son bras passa la garde de Squall et vint s’enrouler autour de son cou pour l’attirer contre lui. Masamune bloqua la lame de la gunblade avant qu’elle ne le touche.

Il le dominait de toute sa taille. Il était plus fort. Sa volonté était loi.

« J’ai déjà ce que tu chérissais le plus au monde... Dis-moi, qu’as-tu que je n’ai pas encore pris, Squall ? » lui susurra-t-il à l’oreille.

Il s’attendait à le voir se débattre et tourner vers lui un masque de haine. Squall fut soudain face à lui. Son corps – composé de ses cellules – réagit d’abord avant qu’il ne reprenne contrôle. Cette chaleur qui envahissait ses entrailles ne lui était pas familière. Le visage de Squall frôlait presque le sien.

« Linoa, si tu es encore là… Je t’en prie, je – »

Inutile. La fille pouvait aussi bien être morte et enterrée, le résultat était le même. Il était Sephiroth, maintenant, et rien d’autre. Dans une pulsion de violence et de désir, il resserra sa prise sur son cou et écrasa sa bouche contre la sienne – le hoquet choqué qu’eut Squall ne franchit jamais ses lèvres, parce que Sephiroth l’engloutit, parce que Sephiroth le mordit, il voulait goûter à son sang et…

Il crut que sa tête explosait. Elle hurla, cette petite trainée, si fort que ses barrières mentales vacillèrent.

Et là, Squall, dans une répétition morbide de leur précédent combat…

Ses sentiments étaient toujours mitigés. Il ne pouvait pas s’empêcher de les trouver magnifiques, ces ailes – après tout, il était un dieu, et un dieu même maléfique devait avoir des archanges, dût-il les déchoir lui-même. Et il ne pouvait pas s’empêcher de les haïr, parce que ce n’était pas lui qui les lui dotait, mais elle. Cette fille était têtue.

Le corps de Squall enveloppé de lumière s’arqua, comme une apparition angélique, et les deux ailes se déployèrent, immenses dans leur blancheur étincelante. Une pluie de plumes voltigea dans la grotte. Comme la dernière fois, leur lien devint tenu.

Sephiroth prit son mal en patience. Qu’est ce que Squall allait faire, maintenant ? Reprendre le combat là où ils l’avaient laissé, et donner une chance à Sephiroth de le mutiler à nouveau ?

Ou bien, cette fois encore…

Squall lui lança un regard froid. Sa gunblade était fermement ancrée dans sa main. Il savait que le compte à rebours était lancé à présent. Tic, tac… Sans un regard en arrière, il déploya une fois encore ses ailes et prit son envol.

Sephiroth le regarda pensivement disparaître par la faille du plafond.

« On ne se débarrasse pas aussi facilement de moi, Squall… »

**

Chaque jour passait avec une déconcertante facilité. Elle appréciait ça, cette routine, cette vie tranquille et paisible, avec à ses côtés son mari et cette marée de jeunes enfants. Elle les avait recueillis il y avait quelques mois, quand elle avait enfin senti qu’elle pouvait tourner la page. Juste quelques mois, pour se sentir expiée de ses fautes. Peut-être que le monde la jugerait froide et sans-cœur. Mais ce n’était pas dans sa nature de se ressasser les fautes qu’elle avait commises, et dont elle n’était pas tout à fait responsable.

Sa rédemption, c’était ses enfants. Ceux qu’elle avait vu grandir et devenir des jeunes gens charismatiques et puissants, et ceux encore à l’état de graine qu’elle chérissait et élevait jusqu’à maturité. Edéa n’était pas une femme cruelle. Elle avait peut-être été une poupée entre les mains d’Ultimecia, mais elle n’avait jamais désirée le pouvoir ou la dominance sur les autres. Elle avait une nature de nourricière. Il ne pouvait en être autrement.

Son orphelinat avait été reconstruit entièrement, grâce à Squall et aux autres. Il avait été laissé à l’abandon quand Squall, Seifer, et les derniers qui n’avaient pas été adoptés étaient partis pour les Garden. A nouveau, les cris et les rires résonnaient entre les murs de pierre, et cela la fit sourire. Cid allait avoir une surprise quand il s’assiérait dans son fauteuil préféré.

Elle voyait par la fenêtre que les plus âgés revenaient de la plage.

« Gouvernante, on a vu quelqu’un dans le champ ! » lui cria la plus âgée des orphelins qui arrivait en courant, sa jupe volant au vent. « On est venu vous le dire ! »

Edéa se leva. Ils n’avaient que très peu de visiteurs dans cette partie de Centra. Cid et elle avaient choisi d’établir leur orphelinat ici dans l’espoir d’échapper à la contagion du monde, quand celui-ci sombrait dans la folie pendant la première guerre occulte. Seul Cid connaissait sa nature de Sorcière à cette époque. L’endroit était retiré et loin des champs de bataille et de la folie des hommes. La région de Centra était en grande partie inhabitée à cause des hordes de monstres qui y sévissaient parfois, mais ils évitaient l’orphelinat. Edéa y veillait. Elle savait utiliser ses pouvoirs à bon escient.

Il résultait que seul moyen de leur rendre visite était de venir par la mer, ou par les airs. Elle doutait franchement retrouver la BGU ou le bateau des Seeds blancs mouillés dans la crique derrière l’orphelinat. Et il n’y avait aucune trace du Ragnarok.

Prise d’un mauvais pressentiment, elle appela ses enfants autour d’elle. Karis était appréciée des plus petits, ils écouteraient ce qu’elle leur dirait de faire sans protester. Les autres plus âgés savaient être autonomes.

« Restez dans la maison, » leur dit-elle.

Elle ferma la porte et vérifia les sorts de protection autour du bâtiment avant d’aller à la rencontre de son visiteur. Elle n’avait pas besoin de s’exhorter à être davantage sur ses gardes – elle l’était toujours.

Quand elle arriva dans la prairie, elle ne s’attendait pas à le voir lui.

« Hyne, que t’est-il arrivé ? »

Squall frissonna. Il avait été guidé par l’instinct, quand soudain, dans les airs, l’orphelinat était en vue. Etait-ce là où il voulait se rendre ? Il pensait pouvoir atteindre Esthar.

Edéa s’agenouilla à ses côtés, au milieu des fleurs, là où lui et Linoa s’étaient promis de se retrouver – toujours. Les doigts d’Edéa touchèrent ses ailes. J’ai eu très mal, eut presque envie de lui dire Squall. Il était plus fatigué qu’il ne le pensait. La tentation d’avoir six ans et de pouvoir se réfugier dans ses jupes était séduisante, comme il le faisait quand il était petit quand Seifer était trop méchant et qu’Ellone était partie.

A la place, il répondit : « Nous avons un nouvel ennemi. »

La présence de la gouvernante lui avait toujours apporté du réconfort par le passé. Il n’avait été qu’un enfant parmi tant d’autres, silencieux, effacé, mais Edéa avait toujours répondu à ses besoins – sauf celui qui se tapissait dans son cœur, enveloppé de détresse, et qu’une seule personne aurait pu combler. Il s’en était souvenu récemment, quand il avait décidé de s’asseoir un jour et de reclasser ses souvenirs. Quand il l’avait comparé à Laguna Loire, son géniteur, et avait conclu qu’il ne pouvait pas décemment appeler ce dernier « père » quand il n’avait jamais eu la moindre tentation dans sa jeune vie d’appeler Edéa « mère ».

Edéa haussa un sourcil. Squall avait toujours manifesté cette manie d’attendre qu’on lui arrache les mots de la bouche. Elle l’observa plus attentivement. Son apparence était déjà surprenante, Karis et les autres ne devaient l’avoir vu que de très loin si aucun des enfants ne lui avaient parlé de ces ailes. Elles lui étaient vaguement familières, et elle pouvait sentir la magie courir dans leur membrane.

« Où sont les autres ? » lui demanda-t-elle. Il devenait rare pour Squall de retourner s’enfermer dans son autrefois habituelle solitude. Surtout depuis qu’il avait Linoa.

Linoa. Ces ailes…

Squall semblait sur le point de tourner de l’œil. Il était à moitié nu et c’était du sang séché qui lui maculait le dos. Elle pouvait sentir sa reluctance à lui dire ce qu’il se passait, mais pour le moment, ce n’était que le cadet de ses soucis.

Elle ne pouvait pas l’emmener à l’orphelinat, où les enfants patientaient. Elle sentait au fond de son être que l’ennemi dont parlait Squall avait de grandes chances de le suivre jusqu’ici, mais Squall ne semblait pas s’en préoccuper pour l’instant. Il ne serait pas aussi calme sinon. Il n’aurait jamais mis l’orphelinat en danger.

« Je suis tranquille pour quelques heures, » dit Squall, comme s’il lisait dans ses pensées. « Il ne me retrouvera pas avant. »

Edéa ravala ses questions et lui prit le bras pour l’aider à se relever.

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