Eleawin (eleawin) wrote in feather_n_snow,
Eleawin
eleawin
feather_n_snow

De Sang et de Sable - 03

De Sang et de Sable 03
FF8 + FF7 crossover, darkfic, angst, violence, non-con, aventure - Sephiroth/Squall, Linoa/Squall, Seifer/Squall

Chapitres précédents

DE SANG ET DE SABLE 03



« Nous n’avons qu’une très vague idée de ce qu’il s’est passé. »

Aerith était aussi belle que dans ses souvenirs. Cloud fit un effort sur lui-même pour stopper ses pensées à la dérive et se concentrer sur ce que lui disait l’ancienne fleuriste. Quelque part, dans sa tête, il savait qu’Aerith n’existait plus vraiment et faisait partie de la Lifestream, qui se servait de son image pour s’adresser à lui. Mais quand elle se tenait face à lui, dans cette étrange lumière éthérée, il ne parvenait pas à s’en convaincre. Il essaya quand même de se ressaisir et d’écouter plus attentivement les informations qu’on lui donnait.

« Ce n’est pas la première fois que ça se produit, d’après la planète. Mais cette fois-ci, la faille qui s’est ouverte a emportée des choses de notre monde avec elle. Des choses qu’aucun monde ne devrait avoir à faire face… »

Cloud commençait à avoir un mauvais pressentiment.

« Qu’est ce qui a disparu ? »

« Ce qui restait du corps de Sephiroth. »

Il était heureux d’avoir décidé de venir seul à l’église en ruines, et non accompagné par Tifa comment elle avait d’abord demandé. Il lui avait parlé de son rêve à cette dernière, et elle aurait voulu venir elle-aussi, mais s’était ravisée quand elle s’était aperçue qu’il répondait à l’appel de la Lifestream plus pour voir la projection d’Aerith que pour écouter ce que la planète avait à lui dire.

Il s’était senti honteux d’avoir été si facile à démasquer. Et que ce soit Tifa, entre eux tous, qui l’avait mis à découvert ne le rendait que plus coupable à ses yeux.

« Et qu’est ce que ça veut dire ? »

Aerith – ou plutôt, son image – soupira. La planète n’avait pas l’air ravie des nouvelles qu’elle s’apprêtait à lui annoncer.

« Les cellules de Sephiroth ont été absorbées dans un autre temps, dans un autre univers. Si le monde où il se trouve à présent ressemble au nôtre… Nous craignons qu’il puisse se récréer un corps physique et revenir à la vie. Et pour peu qu’il y ait déjà un Sephiroth sur cette planète… L’idée est terrifiante. »
« Mais… » Cloud avait un peu de mal à comprendre. « Est-ce que ça veut dire que nous… enfin, notre monde… nous en sommes débarrassés pour de bon ? »

Il vit Aerith grimacer.

« Sephiroth fait partie de Gaïa. Nous ne pouvons laisser notre fléau se propager… Nous aimerions pouvoir nous dire que nous n’avons plus aucun lien avec lui, maintenant qu’il ne se trouve plus en notre sein. Mais nous devons prendre en compte les millions de possibilités qui existent. N’oublie pas, Cloud. Jenova est encore là. »
« Jenova est morte. »
« Ca n’a jamais été un problème pour lui, tu le sais bien… »

C’était parce que Sephiroth était fou. Et terrifiant. Cloud avait espéré ne plus jamais le revoir, surtout après la débâcle qu’avait été l’apparition de Kadaj et de ses frangins. Il avait l’impression que c’était encore hier, quand il fuyait le monde sur sa moto, injoignable, mourant, traînant derrière lui le poids immense de sa culpabilité. Il se réveillait encore la nuit, pris de cauchemar, pour voir avec surprise que la maladie ne le rongeait plus. Qu’Aerith lui avait pardonné. Et les autres, aussi.

Aerith continua : « Nous n’avons pas pu communiquer avec l’autre planète. Mais nous savons qu’il y a de la vie, là bas, et qu’elle ne mérite probablement pas d’être annihilée si Sephiroth retrouve ses pouvoirs. Et nous ne pouvons pas être sûrs qu’il ne reviendra pas s’il en trouve l’opportunité. »

« La faille est toujours là ? » demanda Cloud. C’était le plus important à ses yeux.
« Non. Elle s’est refermée immédiatement après que Sephiroth ait basculé dans l’autre monde. Et nous n’avons pas de moyen d’en ouvrir une autre. »

Cloud resta silencieux. Il avait du mal à voir où la planète voulait en venir. Si la faille n’existait plus, qu’était-il supposé faire ?

Il était assis au bord de la source qui avait jailli au milieu de l’église après sa deuxième victoire sur Sephiroth, quand le monde avait été guéri et qu’il avait enfin réussi à faire la paix avec lui-même, après des jours et des nuits d’agonie sans fin. Rien n’avait changé depuis. Cloud regrettait la disparition des fleurs, qui avaient fini noyées dans la source dont leur avait don la planète, mais il était heureux que des innocents comme Denzel n’ait plus à souffrir.

Ils avaient tous eu une deuxième chance. Si pour la préserver, Cloud devez se jeter tête la première dans un autre monde, il le ferait. La planète le savait parfaitement.

Aerith eut l’air de lire son effarement.

« Nous voulions simplement te mettre au courant, Cloud, car nous estimons que nous te devions bien cela. Il n’y a rien à faire pour le moment… » La voix d’Aerith s’était faite sombre. « … mais sache qu’il existe une possibilité pour que Sephiroth revienne un jour. Et lorsque ce jour viendra… »
« Vous aurez besoin de moi pour l’arrêter, » finit Cloud.

Jamais deux sans trois, comme on disait. Il ne put retenir un frisson. Il ne savait pas encore trop quoi en penser ; l’idée que la menace que représentait Sephiroth puisse revenir les hanter était…

« Merci d’être venu, Cloud. »

Aerith lui accorda un dernier sourire, doux, chaleureux, mais un peu triste aussi. Cloud la vit s’élever dans les airs et s’évaporer petit à petit, comme un fantôme qui hantait ces lieux. Il ne restait plus rien d’elle à présent, sauf peut-être l’atmosphère mélancolique qui pesait sur les ruines de l’église. Une fleur venue d’ailleurs émergea à la surface et flotta un instant sur l’eau, avant de s’échouer sur la rive à ses pieds. Il la ramassa précieusement et la tint contre son cœur.

Il ne pouvait s’empêcher de le penser encore et encore. Si seulement il avait pu la sauver, ce jour là.

**

Aerith était en colère. Elle dérivait, tourbillonnait, se mêlait au courant de la Lifestream et ignorait les murmures apaisants de la planète. Sa colère lui permettait de se raccrocher aux lambeaux de son identité, aux souvenirs qui faisaient d’elle Aerith. Que la Lifestream tolère ses libertés était bien entendu grâce à Cloud, envers qui elle éprouvait une reconnaissance infinie.

Cloud…

La planète l’entoura dans un maelström de vert et de lumière, et à nouveau, la berça au calme. Mais comment pouvait-elle se calmer quand…

« Nous lui avons menti ! »

La peine qui lui perçait le cœur était presque trop forte pour qu’elle puisse le supporter sans disparaître, noyée dans la multiplicité de consciences qui l’assaillait. La rivière de la vie était indulgente et charitable, toutefois. Elle la rattrapa et l’abrita en son sein, dans une zone où Aerith pouvait réfléchir et penser en étant elle et pas tous.

« Nous aurions dû lui dire que Sephiroth était revenu. »

Sa voix était un écho. Elle n’existait plus, elle n’était qu’un souvenir, une projection de la Cetra qui s’appelait autrefois Aerith. L’idée ne la dérangeait pas.

« Nous avons voulu le ménager et lui laisser le temps qu’il lui reste pour goûter au bonheur qu’il mérite. Mais Cloud est fort ! »

Elle regrettait que Zack ne soit plus là. Elle et Zack avaient été préservés dans la Lifestream par la planète, une façon pour cette dernière de remercier Cloud. Cloud… Il avait déjà tant fait, et ce n’était toujours pas assez. Pourquoi ?

« Nous aurions dû lui dire, pour ne pas lui donner de faux espoirs. Sephiroth est revenu, nous le savons, nous le sentons. Et il veut revenir. Jenova l’appelle. »

Un homme ne devrait pas avoir à porter le poids d’un monde sur ses épaules. Son fardeau personnel était déjà bien assez lourd.

« Nous ne pouvons rien faire ! »

Cette fois, sa voix exprimait ce que la planète entière ressentait. Cette impuissance qui la mettait en colère, elle mettait en colère la planète aussi. Mais la planète n’était pas humaine et de ce fait, la sienne était brève et fut aussi remplacée par de l’acceptation et par une volonté de lutter. La planète ne connaissait pas la signification du mot abandon.

« Sephiroth a un avantage terrible. Il est dans un autre temps. Nous avons été surpris. Huit mille ans se sont déjà écoulés pour lui sur le monde où il est arrivé, et peut-être que huit mille ans passeront encore là bas avant qu’il ne trouve un moyen de retrouver Jenova. Mais pour nous… ces milliers d’années durent le temps d’une respiration. Si demain Sephiroth revient avec derrière lui l’expérience de millions d’années… »

Quelle chance aurait alors Cloud ?

« Mais Zack réussira peut-être sa mission, » se raisonna-t-elle.

Elle flottait à présent dans l’espace, et sous elle la planète resplendissait. Elle se portait de mieux en mieux, depuis que la Shinra avait été détruite. Son cœur battit plus vite, et à travers elle la planète transmit tout son amour pour la vie qu’elle abritait.

« Nous n’arrivons toujours pas à le contacter. Zack… »

Elle avait menti à Cloud. Elle doutait de Zack. Aerith sentit les larmes lui monter aux yeux, si cela était possible. Elle n’était peut-être qu’une conscience parmi tant d’autres dans la Lifestream, mais Cloud lui avait fait l’ultime cadeau. Sans le savoir, il l’avait rendu plus humaine…

**

Zell essaya de rester calme. Et franchement, ce n’était pas facile ! Il était déjà suffisamment sur les nerfs depuis qu’il était revenu à la BGU, après que Quistis l’ait mis au courant de la situation. Sa mission à Esthar n’avait déjà pas été de tout repos. Laguna Loire ne l’avait pas lâché d’une semelle, au plus grand dam de son meilleur ami Kiros, qui lui servait de premier ministre. Et au sien, aussi. Il respectait l’homme, évidemment ! Mais comment voulez-vous buter du monstre tranquillement quand le père d’un de vos meilleurs amis vous mitraillait de questions à propos de son fils qu’il n’avait jamais connu ?

Zell ne connaissait pas la marque de shampoing favorite de Squall. Ni son plat préféré. Hyne, si on l’avait décrété « meilleur ami de Squall », c’était plus par manque de candidats que par réel choix de ce dernier. Mais Squall avait de la chance, Zell était têtu. Et adorait son leader, même si parfois Zell se demandait bien pourquoi.

Il tenta tant bien que mal de ne pas se renfrogner quand Almasy-je-suis-un-con et ses deux larbins quittèrent finalement la cabine où ils s’étaient enfermés pour tenir une messe basse, et se tinrent prêts à débarquer. Le Ragnarok survolait la forêt où Squall, Irvine et Linoa avaient commencé leur mission de repérage. Le vaisseau avait déposé Quistis et Selphie à Esthar un peu plus tôt. Il était heureux que Quistis ait accepté sa requête d’aller enquêter directement sur place, même si ça voulait dire se coltiner Almasy et compagnie.

Il avait cru halluciner quand le blond s’était ramené à bord du Ragnarok avec Fujin et Raijin. Les deux étaient devenus Seeds peu après la défaite d’Ultimecia, seulement parce qu’ils avaient été promus avant la « grande débâcle », comme se plaisait à appeler Zell l’épisode où on leur avait donné l’ordre d’assassiner Edéa et qu’ils avaient fini dans une prison galbadienne, et que Squall sous l’influence de Linoa leur avait accordé le pardon officiel de la BGU. Zell devait reconnaître que Fujin et Raijin pouvaient faire de décents Seeds, lorsqu’ils n’avaient pas à ramasser les morceaux après le passage de Seifer. Ce dernier, quand il avait vu son expression, avait reniflé.

« Ben quoi poulet ? Plus on est de fous, plus on rit non ? Squally-boy va avoir sa propre escouade de secours comme ça ! »

Zell avait fait de gros efforts sur lui-même et avait réussi à ne pas répliquer. Il haïssait Seifer. Non, peut-être qu’haïr était un mot un trop fort. Disons qu’il ne pouvait pas le supporter et que ça lui ferait bien plaisir de le voir enfermé dans une pièce avec une horde d’Incubes affamés.

Qu’est ce qu’il ne ferait pas pour Squall. Pour Linoa aussi. Il espérait que les deux n’allaient pas aussi mal que ce qu’on lui avait dit et que le rapport de Quistis était exagéré et, qui savait, erroné. Il ne pouvait pas croire que Linoa était à présent un homme, sadique de surcroit. Hyne. L’idée était franchement perturbante.

Le Ragnarok était maintenant au dessus de l’endroit qu’avait indiqué Squall sur son GPS. Du vaisseau, il pouvait voir la falaise où la grotte était vraisemblablement creusée. Il se demandait s’il n’y avait pas une autre entrée quelque part…

« Qu’est ce qu’on attend ? »

En bon chef de mission, Zell ne pouvait ignorer les hommes placés sous ses ordres, même si l’envie le démangeait furieusement. Il se tourna vers le pilote du Ragnarok, un Seed qu’il ne connaissait pas.

« Tu peux nous laisser ici. On t’appelle si on a le moindre problème… »

Et Zell espérait franchement qu’il n’y en aurait pas. Quand il sentit Seifer le bousculer pour passer devant lui et entrer le premier dans la nacelle, il dut se réciter tous les codes de l’honneur du SeeD dans l’ordre alphabétique pour garder son calme. Quistis allait être fière de lui. Peut-être était-ce un signe annonciateur de maturité…

« Je vais être très clair, Almasy, » commença-t-il quand ils furent tous les quatre installés dans la nacelle qui allait les amener au sol. « Je suis le chef de mission. Tu obéis. »

Seifer rigola. Ah, Hyne, maintenant que les autres coqs n’étaient plus là, le poulet tentait de se faire la basse-cour. Ce serait hilarant, si ce n’était pas en même temps si pathétique.

« C’est moi qui vais être très clair, Dincht. Je n’en ai rien à foutre. Je n’obéis qu’à moi-même. »

Il vit le visage de Zell se contorsionner, et le blond se crisper, mais au lieu de l’explosion qu’il attendait, Zell se contenta de l’ignorer et de faire signe à Raijin et Fujin de prendre chacun une balise et de boucler leur ceinture. Seifer était déçu. Dincht serait-il victime d’un sérieux cas de constipation ?

Il s’apprêtait à faire la remarque à voix haute quand un regard en coin de Fujin l’en dissuada. L’albinos n’avait peut-être qu’un œil mais quand celui-ci dardait vers vous les flammes de l’enfer, il valait mieux abdiquer et accepter défaite. A tous les coups, Fujin devait se dire qu’il ferait mieux de rentrer dans les bonnes grâces de Dincht s’il voulait espérer un jour rejoindre les rangs du SeeD… Pour son propre bien.

Il y avait juste une chose sur laquelle elle se trompait. Seifer n’avait plus envie d’être Seed ; pas après tout ce qu’il s’était passé.

La nacelle venait de toucher terre et l’atterrissage n’eut rien d’agréable. Il se retint de justesse à une barre placée au dessus de lui pour ne pas s’écraser contre une paroi métallique. Zell lui lança un regard moqueur, et il retint ses jurons. Quoi, s’il n’avait pas envie de mettre sa ceinture, ça ne regardait que lui !

Hyne. Il avait hâte de mettre la main sur Squally-boy. Qu’est ce qu’il ne ferait pas pour revoir son p’tit cul moulé…

« C’est le moment de refaire nos stocks, » murmura Zell.

Il y avait des sources de magie à perte de vue, encore plus que ce qu’il avait imaginé après la description que leur avait fait Kinneas. Une copie des îles du Paradis et de l’Enfer, sans les monstres coriaces. Seifer retint un sifflement appréciateur. Voilà un endroit où il reviendrait quand ils en auraient fini avec cette histoire.

Lorsqu’il ne se comportait pas comme un hérisson surexcité, Zell était efficace. Il le vit dépouiller méthodiquement les sources de magie autour de lui, répartissant les sorts entre les membres du groupe pour que personne ne soit lésé. Il n’était pas égoïste, c’était une qualité qu’acceptait de lui reconnaître Seifer. Lui aurait tout gardé.

Raijin était parti reconnaître le terrain.

« La grotte est ici ! » leur cria-t-il.

Seifer grimaça. L’imbécile… Ils n’avaient pas spécialement besoin de manifester leur présence de manière aussi flagrante ! Fujin pensait visiblement la même chose. Le coup de pied au tibia que reçu son meilleur ami lui fit presque ressentir de la compassion pour lui.

Zell avait l’air paumé. Seifer sentait qu’il allait se régaler.

« Très bien. D’après Irvine… il y a tout un réseau de galeries qui relient les cavernes intérieures entre elles. J’ai associé les frères Taurus… Ils pourront sûrement nous aider à nous y retrouver. Seifer et moi… nous allons explorer la grotte. Et vous deux, vous nous attendez ici. Si dans deux heures, nous ne sommes pas revenus, vous préviendrez le Ragnarok. Des questions ? »

Seifer était déçu. Il était relativement d’accord avec ses directives, pour une fois que Zell se comportait de façon rationnelle. L’idée de ne pas pouvoir l’enfoncer et se foutre de sa gueule était regrettable, mais Seifer présumait qu’il y survivrait. Il préférait aussi que ses deux amis surveillent leurs arrières. Au moins, Zell avait associé une G-Force qui lui serait utile dans la grotte. Lui, tout ce qu’il avait, c’était une G-Force qu’il avait piqué à un soldat galbadien après la chute d’Ultimecia. Elle n’avait même pas de nom et n’était même pas invocable en combat…

Il secoua la tête, et, pris d’une soudaine envie d’action, dégaina sa gunblade et se dirigea vers l’entrée de la grotte. Il entendit Zell s’exclamer derrière lui.

« Almasy ! Je n’ai pas fini ! »

L’air était humide à l’intérieur. La caverne était tapissée de sources de magie, fournissant du même coup une source de lumière bien utile dans l’obscurité de la grotte. Elle s’enfonçait loin dans la falaise, devenant de plus en plus étroite au fur et à mesure qu’il avançait pour former une sorte de tunnel suffisamment large pour laisser passer deux hommes côte à côté.

« Almasy ! » chuchota Zell furieusement dans son oreille, quand ce dernier l’eut enfin rattrapé. « T’es vraiment chiant, tu sais !? »
« Arrête, tu me fends le cœur. »

Zell avait une lampe torche dans la main. Seifer fit apparaître un brasier entre ses doigts pour obtenir plus de lumière lui aussi, et continua à avancer.

Il pouvait sentir sur sa peau le picotement d’une ancienne magie autour d’eux. Le tunnel continuait à s’enfoncer dans les ténèbres, agrémenté de temps à autres de lueurs bleutées qui signalaient la présence d’une source. Il vit Zell continuer à absorber systématique les sorts et lui envoyer ce qu’il avait en trop sans un mot. Dix minutes avaient passées, et ils avaient traversés deux autres cavernes et croisé une intersection. D’un commun accord, ils ne s’étaient pas séparés. Taurus avait été envoyé en explorateur et il était vite revenu quand la branche qu’il avait empruntée s’était révélée être un cul de sac.

Au fur et à mesure qu’ils avançaient, Seifer sentit des trémolos de trépidation agiter tout son corps. Est-ce qu’ils allaient retrouver Squall ? Est-ce qu’ils allaient tomber sur le fou furieux qui possédait Linoa, et dont les origines étaient encore floues ?

« Je vois de la lumière, » annonça Zell.

Ils étaient arrivés à une nouvelle intersection. Comme venait de dire hérisson, une faible lueur verdâtre semblait provenir du fond d’un des tunnels. Maintenant, d’un point de vue stratégique, ils étaient deux et il y avait deux tunnels à explorer, donc en toute logique ils pourraient se séparer.

Au vu des circonstances, toutefois, il en était hors de question. C’était Squall et un pseudo-sorcier qui les attendaient peut-être à l’autre bout, pas un simple et bête dragon. Zell semblait aussi avoir intégré le concept. Il s’engagea le premier dans le tunnel d’où provenait la lumière, sans même se tourner vers Seifer pour vérifier qu’il n’envisageait pas de prendre l’autre direction.

Le poulet avait du nerf.
Seifer grinça des dents un instant, puis se précipita à sa suite.

Il arriva dans une caverne étrange. Zell observait déjà une paroi de la grotte recouverte d’une espèce de cristal vert, d’où provenait la lumière éthérée. Le sol était recouvert de sable blanc, la sorte de sable qu’on trouvait sur les plages de Balamb. Il y avait même une étoile de mer séchée dans un coin. Un peu plus loin, un épais rideau de lianes mortes pendaient du plafond. Seifer ne voyait pas vraiment d’où elles provenaient.

« Je vais prendre un morceau de ce mur pour le faire analyser, » lui dit Zell, un échantillon de la pierre brillante de la taille d’un gros œuf dans la main. « Et je crois que c’est tout ce qu’il y a ici. Il n’y a pas d’autres tunnels après cette grotte. »

Ils allaient donc devoir rebrousser chemin. Pourtant, Seifer n’avait pas hâte de partir. Il s’approcha du mur brillant, poussant Zell au passage, et passa ses doigts sur sa surface lisse.

Pourquoi est-ce qu’il avait l’impression d’être appelé ?

**

Zell se renfrogna et se demanda pendant un bref instant si Seifer n’avait pas un problème d’yeux en vrai, et que c’était la raison pour laquelle il ne pouvait pas marcher droit sans se cogner contre quelqu’un. Mais non. C’était juste qu’il était con. Il poussa un grand soupir dramatique et se décala sur le côté, décidé à garder contrôle sur ses idées de massacre. Seifer semblait être fasciné par le cristal. S’il pouvait en tirer quelque chose, ce n’était pas Zell qui cracherait dessus. Il était suffisamment mature pour collaborer avec son ennemi juré, lui.

Il observa à nouveau les alentours. Comme la première fois qu’il avait vérifiée, il n’y avait qu’un accès à cette grotte. La voûte rocailleuse au dessus d’eux avait l’air bien solide et en un seul morceau. Il ne s’expliquait pas la présence de végétation maintenant morte, ni des débris d’animaux marins qu’il retrouvait dans les quatre coins. Sa lampe torche illumina les restes d’une créature qu’il ne parvenait pas à identifier. Elle n’était pas bien grande, peut-être de la taille d’un Draconus, sauf que sa tête était trois fois plus large et que Zell retrouva sous le squelette des griffes de la taille de son avant bras qui ne lui donnait pas envie de rencontrer le monstre en vrai.

Il acheva de le retourner à coups de pied mais ne trouva rien d’autre de nouveau. Seifer était toujours hypnotisé par le mur.

« Hey Almasy. C’est pas qu’on a toute la journée, je te rappelle… »

Il s’était donné deux heures pour explorer la grotte, éventuellement trouver Squall, vaincre un quelconque ennemi et retrouver Raijin et Fujin à l’entrée de la grotte. Le planning était serré.

Seifer ne répondit pas et se contenta de rester planté comme un idiot devant le cristal.

« Seifer ? »

Ok, là c’était pas cool. Lentement, il s’avança vers l’autre blond et posa prudemment une main sur son épaule.

« Hey, mec, ça va ? »

Pas de réponse. Etouffant un juron, Zell décida de prendre le problème à bras le corps. Dans la situation présente, ça voulait dire attraper Seifer sans cérémonie et l’éloigner le plus possible de la pierre verte, même si ça voulait dire le traîner dans le sable pour retourner dans le tunnel obscur par là où ils étaient venus. Il y avait un certain charme, traiter Seifer comme un sac de patates…

Seifer était inconscient. Ok. Zell ne paniqua pas. Ils étaient revenus au niveau des croisements des tunnels. Zell l’allongea de son mieux sur le sol rocailleux et fouilla ses poches à la recherche d’un remède. Il avait bien fait de piller les stocks du Ragnarok. Il ne pouvait pas tenir sa lampe et faire avaler le remède à Almasy en même temps, alors il la posa par terre un instant. Il ne réalisa que le sol était en pente que lorsque la lumière devint de plus en en plus petite, au fur et à mesure que la lampe se tirait la malle. Et merde…

Il s’occuperait de ça plus tard. Seifer venait d’avaler le remède, mais il ne se réveillait toujours pas. Zell n’aimait franchement pas la tournure que venait de prendre les événements. Pourquoi est-ce qu’Almasy lui apportait toujours son quota d’ennuis, hein ? La vie était injuste !

« Almasy, j’espère que t’es pas en train de me faire une de tes blagues à deux balles… »

Il vérifia son pouls. Il était encore en vie, c’était déjà ça. A la lueur d’un brasier, il vérifia ses pupilles. Elles réagissaient à la lumière. Seifer était juste inconscient, genre sonné comme après avoir pris un coup sur la tête, mais ni remède, ni potion qui lui fit avaler de force ne firent effet. Zell lui lança quelques soins et un sort de vie pour se donner bonne conscience.

Bon sang, qu’allait lui dire Quistis ? Il lui avait promis d’être sur ses gardes et de ne pas lui donner plus de soucis qu’elle en avait déjà, mais avec Almasy dans cet état… Et Squall ? Il était supposé retrouver Squall, par Hyne, pas baby-sitter Almasy ! …c’était quelque chose qu’il allait conserver précieusement dans sa mémoire et qu’il allait adorer ressortir plus tard, il le sentait.

Bon. Il n’était pas si loin de l’entrée de la grotte, il pouvait au moins ramener Seifer à l’air libre et le laisser aux bons soins de ses amis. Il retournerait ensuite dans la grotte chercher les traces qu’aurait pu laisser Squall.

Il se préparait à hisser Almasy sur son dos, quand soudain…

Le bruit d’un objet métallique égratignant la roche le fit sursauter. Il leva la tête, et vit d’abord l’arme avant de voir l’homme juste derrière.

« J’ai vu de la lumière, » roucoula l’inconnu.

Et merde.

**

Irvine se réveilla en sursaut. Il fut désorienté, tout d’abord, incapable de se souvenir du lieu où il se trouvait. Ce ne fut que quand le Docteur Kadowaki entra dans son champ de vision qu’il réussit à se détendre dans son lit.

« Alors, Irvine ? » lui demanda le docteur. « Est-ce que la douleur va mieux, ou veux-tu que j’augmente la morphine ? »

On était bien dans une école militaire. Dans un autre lieu, dans une autre vie, on se serait préoccupé de savoir s’il ne se développait pas une dépendance à la drogue. Ici, tout ce qu’on voulait, c’était qu’il se remette sur pied le plus rapidement possible. Il secoua la tête.

« Ca ira merci. Je crois qu’on peut m’enlever ce plâtre maintenant, ma jambe a l’air d’aller beaucoup mieux. »

Vu l’expression du docteur, elle n’avait pas l’air de cet avis. Quand Irvine la vit planter ses mains sur ses hanches, il sut que c’était cause perdue.

« Jeune homme, tu es sous ma responsabilité jusqu’à demain matin. Jusqu’à là, tu ne bouges pas d’ici et tu te reposes ! Est-ce bien clair ? »

Pouvait-on franchement lui dire non quand on ne s’appelait pas Squall ou Almasy ? La vieille femme eut l’air de lire dans ses pensées, et prit l’air satisfait.

« N’hésite pas à appeler si tu as besoin de quelque chose. »

Elle tira le rideau pour lui laisser un peu d’intimité et s’en alla. Son coin de l’infirmerie était vide. Irvine n’hésita pas.

« Ondine, ma chérie, je vais avoir besoin de ta collaboration. Aah… Ah ! Merci ! »

L’influx de magie dans son corps lui picota la peau jusqu’aux orteils, et il se sentit soudain régénéré. Parfait. Il se lança une pluie de soins pour achever le travail et clopina hors de son lit, histoire de voir si le docteur était toujours dans le coin… Non ? Il brisa son plâtre contre la barre métallique de son lit. Ca faisait désordre.

Irvine avait bien réfléchi depuis que les autres avaient quitté la BGU. Et il avait conclu qu’il ne pouvait pas abandonner les autres quand la situation était aussi critique. Aucun d’eux n’acceptait encore de se l’avouer, mais c’était bien ça. La situation était critique, à un point tel que l’histoire avec Ultimecia semblait fade et sans relief à côté.

Ultimecia était Ultimecia.
Elle n’avait jamais été une des leurs.

Quand Squall s’était retourné contre lui…

Il était apparu. Un être qui avait l’apparence d’un homme, mais dont l’aile unique semblait le désigner comme un archange déchu, précipité dans les puits de l’Enfer. Son regard lui glaçait le sang. Irvine l’avait mis en joue, devant la forme prostrée de Squall… parce qu’Hyne l’en préserve, il n’abandonnerait pas un ami quand l’ennemi était aussi proche.

Il regrettait de s’être fait si facilement avoir. Cela ne se reproduirait plus. Non pas qu’il fut meilleur que lui, loin de là… Mais Irvine serait sur ses gardes. Pour lui d’abord, mais pour les autres aussi.

« Qui êtes-vous ! » avait-il crié, mais l’autre ne répondit pas. L’autre était terrifiant. Il y avait quelque chose dans sa façon de se tenir, de s’avancer lentement vers lui, qui envoyait des signaux d’alarme à tout son corps.

Sa douce Selphie ne voyait jamais le mal même placé sous son nez. Elle n’était pas naïve, ni spécialement innocente, mais comme eux tous, elle plaçait Squall sur un piédestal. Il ne voulait pas savoir ce qu’il se passerait si Squall se retournait un jour contre elle… L’idée lui donnait presque la nausée, et il frissonna.

Et Quistis. Quistis avait toujours le béguin pour son jeune coéquipier, même si elle était en complet déni. Elle aimait peut-être Linoa comme une sœur, mais une femme ne pouvait jamais abandonner renier ses sentiments, même lorsque les chances étaient minces. Jamais elle ne doutait de Squall. Elle jouait les femmes froides et inatteignables, mais Irvine se rappelait de sa vraie nature. Même Seifer, qui lui avait pourtant fait les pires crasses, elle ne pourrait jamais vraiment lui en vouloir. Elle était faite de pardon.

Il devait à tout prix les protéger.

Plutôt mourir que de les perdre à nouveau.

le coup ne vint pas par où il avait prévu. Une intuition violente le força à faire volte face alors qu’il s’apprêter à tirer sur l’inconnu. Squall était debout, Squall était conscient. Pendant une fraction de seconde, Irvine se dit : « Squall est magnifique quand il se bat », sauf que l’ennemi, c’était lui, cette fois-ci, et quand la gunblade le trancha dans une gerbe de rouge…

Il portait toujours les bandages autour de son torse. Bien que ses plaies se soient refermées et sans doute cicatrisées, il décida de les garder.

C’était un souvenir de Squall.

Ses vêtements étaient soigneusement pliés sur une chaise. Son chapeau ne l’avait pas suivi à la BGU, par contre, et il regretta sa perte. Il s’habilla et décida d’aller voir s’il ne pouvait pas aller piquer un vaisseau. Grâce à Selphie, il avait tous les codes d’accès…

Irvine avait vraiment besoin d’être à leurs côtés. Il devait être leur garde-fou. Parce que Squall pouvait péter un plomb et les tuer tous, si cela signifiait sauver Linoa.

Il ne lui en voulait pas. Il en ferait autant, si la vie de Selphie était en jeu.

Tags: de sang et de sable, ff7, ff8, fic
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

  • 0 comments